Alain Porée du Breil

- Note biographique –

D’après « Biographie bretonne – recueil de notices sur tous les bretons qui se sont fait un nom » par P.Levot

Alain Porée naquit à Saint-Malo, le 13 décembre 1665, de Charles, sieur de la Blinais, et de Josseline Heurtault, appartenant l’un et l’autre à la haute bourgeoisie. Par son père, il descendait de ce fameux Porée qui commanda les vingt-trois vaisseaux envoyés par les Malouins au siège de La Rochelle. Il n’avait que quinze ans lorsqu’il débuta dans la carrière maritime.

Premières croisières sur le « Saint-Esprit » - Prise du Dartmoor.

Ses talents et sa bravoure le firent bientôt remarquer, et, au commencement de 1689, on lui confia le commandement du joli corsaire le « François de la Paix ». Ses exploits sur ce corsaire déterminèrent son oncle, M Heurtault de Bricourt, armateur principal de la frégate le « Saint-Esprit », à lui donner le commandement de ce corsaire, de trois cent cinquante tonneaux, trente-quatre canons et deux cent quinze hommes d’équipage.

 

Dès que le « Saint-Esprit » eut été rallié par le « François d’Assise », capitaine Charles Porée, sieur de la Touche, frère aînée d’Alain, les deux corsaires mirent à la voile de la rade de Saint-Malo, le 30 janvier 1695. Le 14 février, ils furent rencontrés par le vaisseau de guerre anglais le « Dartmoor », de cinquante canons, détaché de l’escadre bleue pour protéger, à l’atterrage, les bâtiments de commerce de sa nation. Au lieu de se soustraire par la fuite à l’attaque de ce puissant adversaire, Alain Porée n’hésita pas à faire cause commune avec le « François d’Assise », et la harangue qu’il adressa dans ce but à son équipage fut accueillie par les cris de : Vive le roi ! « Quelle que soit la force de l’Anglais, lui fut-il répondu d’une voix unanime, ou nous triompherons, ou nous succomberons ensemble. » Non seulement les deux corsaires soutinrent l’agression du « Dartmoor », mais, après cinq heures d’une lutte d’une indicible énergie, pendant laquelle il avait eu cinquante huit hommes tués et quarante blessés, ils le contraignirent à abaisser son pavillon bleu devant la blanche hermine malouine. Quoique fort endommagés eux-mêmes. Les deux corsaires remorquèrent le « Dartmoor », presque réduit à l’état de ponton, et entrèrent triomphalement sur la rade de Saint-Malo, le 18 février 1695.

Ses prises :

Dartmoor : Pavillon anglais - Vaisseau de guerre - Cinquante canons - Pris le 14 février 1695

Dans une seconde croisière, terminée le 13 mai, les deux frères firent bon nombre de prises fructueuses pour les armateurs et leurs équipages ; mais ils ne firent aucune rencontre qui mérite d’être citée, car les divers navires qu’ils capturèrent baissèrent leur pavillon à la première sommation

Pendant qu’Alain se reposait de ses fatigues à la campagne, les Anglais et les Hollandais vinrent, au mois de juillet bombarder Saint-Malo. Dès  qu’il fut informé de leur présence Porée accourut et contribua à les faire s’éloigner, après avoir essuyé de grandes pertes.

Croisières au large d’Ouessant.

Porée, qui avait repris la mer, sur le « Saint-Esprit » depuis le 12 octobre 1695, en compagnie du « Polastrom », capitaine de la Bellière, s’était emparé de plusieurs bâtiments marchands, conquêtes faciles et plus lucratives que glorieuses, lorsque les deux Malouins se trouvant le 14 décembre, à soixante lieues au large d’Ouessant, rencontrèrent quatre vaisseaux hollandais, la « Princesse de Danemark », portant les insignes du Kommandeur, et perçée à cinquante-deux canons, mais n’en ayant que trente-huit montés ; la « Princesse d’Orange », de six cents tonneaux et de vingt-quatre canons en batterie ; l’ « Amaranthe » portant vingt canons, ainsi que le quatrième vaisseau de même force mais dont nos archives ne nous font pas connaître le nom.

 

Porée, après avoir concerté son plan d’attaque avec la Bellière, se dirige sur la « Princesse de Danemark » ; le « Polastron » se met bord à bord avec l’ « Amaranthe ». Une lutte terrible s’engage entre les Français et les Hollandais ; ceux-ci, secourus par les deux autres vaisseaux qui entrent en ligne se croient vainqueurs ; mais trois d’entre eux finissent par amener leurs pavillons Quant au quatrième, il put leur échapper à la faveur des embarras causés par la nécessité d’amariner les prises. Il y avait déjà quarante-huit heures qu’ils faisaient route sur Saint-Malo avec leurs riches et glorieuses captures dont la marche était contrariée par les vents, lorsqu’une tempête se déclara dans la nuit suivante. Chaque bâtiment ne songea plus qu’à son salut, et manoeuvra pour l’assurer. La tempête apaisée, vainqueurs et vaincus se trouvèrent dispersés. Le « Polastron » parvint à gagner avec la « Princesse de Danemark » et « Amaranthe », différents ports de Bretagne ; mais il n’est pas dit quel fut le sort de la troisième prise. Quant au « Saint-Esprit », poussé au large, il ne rentra à Saint-Malo que le 12 janvier 1696, suivi d’un bâtiment anglais qu’il avait capturé peu de jours auparavant.

 

Le brave Alain Porée trouva chez lui le portrait de Louis XIV, que le ministre lui avait fait parvenir. Le 5 décembre 1695, dit l’abbé Manet, qui a sans doute vu la misive chez les descendants d’Alain Porée. M. de Pontchartrain écrivit ce qui suit à M. de Mauclerc, commissaire principal de la marine au Port-Louis : « Je vous envoie un portrait de Sa Majesté pour le sieur Porée (Alain), commandant le navire le « Saint-Esprit », de Saint-Malo : vous pouvez lui dire que Sa Majesté lui donnera dans la suite des marques plus sensibles du cas qu’elle fait de ses services ».

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Ses prises :

Princesse de Danemark - Pavillon hollandais - Cinquante-deux canons - Pris 14 décembre 1695

Princesse d’Orange - Pavillon hollandais - Vingt-quatre canons - Pris 14 décembre 1695

Amaranthe - Pavillon hollandais - Vingt canons - Pris 14 décembre 1695

Navire - Pavillon hollandais - Vingt canons - Pris 14 décembre 1695

Porée, après s’être réparé et avoir complété son équipage, remit à la voile le 24 février suivant. Rendu à son point de croisière, il y rencontra deux autres corsaires de Saint-Malo, le « François » et la « Gaillarde », avec lesquels il prit, le 2 mars, à cinquante-deux lieues O. d’Ouessant, la flûte le « Neptune », d’Amsterdam, chargée de denrées coloniales, que la « Gaillarde » conduisit à Paimbeuf, tandis que le « François » escortait à Brest la flute la « Providence », qu’il avait capturée de concert avec la « Gaillarde ».

 

Quant au « Saint-Esprit », qui était resté seul en croisière, il s’empara après un court engagement, du vaisseau hollandais le « Saint-Michel-Ange » de Rotterdam, venant d’Amérique. Après l’avoir conduit au Port-Louis, il remit en mer, et le 12 avril reprit le navire français la « Sarah », capturé peu de jours auparavant.

Ses prises :

Neptune - Pavillon hollandais - Flûte - Pris 02 mars 1696

Saint-Michel-Ange - Pavillon hollandais

Sarah - reprise à l'ennemi

Prise de l’ « Annibal » et de l’  « Aigle Noir » - Blessure au combat.

Le « Saint-Esprit » ayant désarmé, Porée alla passer quelques jours à la campagne, et aussitôt que son corsaire eut été réarmé, il mit sous voiles, le 22 mai 1696, pour les mers du Nord, de concert avec le « François d’Assise », commandé par son frère La Touche-Porée. Ils avaient mission de se réunir aux corsaires le « Prudent » et le « Saint-Antoine », et le rendez-vous était les îles Feroë. Ces deux derniers navires ne s’étant pas trouvés au rendez-vous, les deux autres revinrent au Sud et se séparèrent. Porée, qui avait pris et conduit, le 2 septembre, à l’embouchure de la Loire, le navire hollandais la « Suzanne », de vingt-quatre canons et soixante hommes d’équipage, relâcha dans la Vilaine, d’où il sortit le 21 septembre pour reprendre sa croisière. Quatre jours après, il eût connaissance d’une voile qui portait sur lui ; c’était le fameux corsaires de Flessingue, l’ «Annibal », de trente-quatre canons et cent soixante hommes d’équipage, capitaine Vandergoes, marin d’une grande réputation d’habilité et de bravoure.

 

Le combat s’engage et se prolonge furieux et acharné. Porée aborde l’ennemi et dans la mêlée terrible qui ensanglante le pont de l’ « Annibal », on se renverse, on se hache, on se perce, on se fusille. Les ennemis, malgré leur valeur, ne peuvent soutenir ce choc énergique et demandent quartier : les Malouins sont vainqueurs ! Vandergoes est forcé d’amener le pavillon que depuis plusieurs années, il promenait victorieux sur les mers. Porée, qui comptait huit hommes tués et quinze blessés, entra, le 28 septembre, avec sa glorieuse conquête, à la Rochelle.

 

Le 19 octobre suivant, croisant par 43 degrés de latitude  nord et 7 degrés de longitude ouest (1), il se vit chassé, vers huit heures du matin, par un navire de belle apparence ; c’était le corsaire l’ « Aigle-Noir », de trente-deux canons, capitaine Wandewerf, le plus redouté des croiseurs de Flessingue, accourant venger la défaite de Vandergoes.

 

Porée vire de bord et va droit à son adversaire. La lutte s’engage au canon et dure deux heures ; mais le capitaine malouin manœuvre pour aborder le batave et réussit à lui jeter ses grappins. Les Malouins sautent sur le pont de l’ « Aigle-Noir », et une mêlée furieuse s’y engage. Bientôt, à la voix de leur capitaine, les matelots français acculent ceux de l’ « Aigle-Noir » sur leur gaillard d’arrière et les obligent à demander quartier. Porée, blessé, est remplacé dans son commandement par son second Le Gobien, officier actif et intelligent, qui amarine la prise et la fait entrer, le 28 octobre, au Port-Louis.

 

La gravité de sa blessure ayant obligé Porée à prendre du repos ; il revint au sein de sa famille, où il trouva une épée que le ministre lui avait envoyée de la part du roi, en récompense de ses deux glorieux combats.

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Ses prises :

Annibal - Pavillon hollandais - Corsaire de Flessingue - Trente-quatre canons - Pris 25 septembre 1696

Aigle Noir - Pavillon hollandais - Corsaire de Flessingue - Trente-deux canons - Pris 19 octobre 1696

Croisière avec Duguay-Trouin – Blessure au combat.

Il ne reprit la mer qu’au commencement de la guerre de la succession. A cette époque on réarma le « Saint-Esprit ». Son capitaine, muni d’une commission de l’amiral de France, du 12 juillet 1702, se rangea, avec la « Railleuse », capitaine Pradel Daniel, sous les ordres de son compatriote Duguay-Trouin, commandant le vaisseau de trente-six canons la « Bellone ». Sortie de la rade de Brest, le 31 juillet, la division, après avoir croisé trois jours au large d’Ouessant, fit voile pour les mers du Nord. Assaillis par des tempêtes, les trois croiseurs se séparèrent. Porée s’empressa de ramener le « Saint-Esprit » par des latitudes moins élevées.

En arrivant près des Blasquets, il rencontra, le 3 septembre, un vaisseau hollandais de quarante canons. Les Malouins l’abordent de long en long ; déjà ils sont maîtres du gaillard d’avant, lorsque Porée, qui se disposait à passer lui-même sur le pont ennemi, tombe atteint par un projectile qui lui emporte le bras gauche et lui fait en même temps, dans le côté, une grave et profonde blessure. Ce malheur oblige le second capitaine français Bézard, qui commandait les hommes d’abordage, à repasser sur le Saint-Esprit, où sa présence est devenue nécessaire. A la faveur de ce mouvement, les Hollandais, à demi vaincus, purent continuer leur route.

 

Pendant ce temps, Porée, gisant sur un cadre, subissait l’amputation du bras. Quand le chirurgien en vint à la seconde opération, effrayé des difficultés qu’elle présentait, il se crut obligé d’avouer qu’il ne l’avait jamais pratiquée. « Vos livres de chirurgie en parlent-ils ? » lui demanda Porée. Sur la réponse affirmative du chirurgien, il lui ordonna d’aller les chercher ; puis, se faisant présenter l’endroit où l’opération était décrite, il indiqua à l’opérateur ce qu’il fallait faire, au fur et à mesure que celui-ci le taillait ; l’opération réussit parfaitement.

Le « Saint-Esprit », conduit par Bézard, auquel la commission de Porée avait été passée, continua sa course avec beaucoup de succès, et rentra à Saint-Malo, le 1er décembre 1702.

Mariage - La route du Sud.

Le 24 novembre 1704, Porée, rétabli de ses blessures, épousa Jeanne-Thérèse Nouail ; mais il ne reprit la mer qu’en 1708. Le 28 janvier, il mit sous voiles avec le vaisseau neuf, la « Notre Dame de l’Assomption », de quarante-quatre canons et deux cent deux hommes d’équipage.

 

Il relâcha aux Canaries, puis à Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, où il fût attaqué par les Portugais. Après diverses relâches à Buenos-Aires, Montevideo, à la côte du Chili et au Pérou, où il fît le commerce d’échange, il quitta les côtes espagnoles (Pérou) en janvier 1710 pour repasser le cap Horn. Le 19 mai, après avoir capturé plusieurs bâtiments anglais, il s’empara du trois mâts le

 

Porée conduisit ensuite la « Notre Dame de l’Assomption » à Plaisance, côte de Terre-Neuve, relâche ordinaire des vaisseaux malouins qui revenaient des mers du Sud en France ; puis ayant rafraîchi son équipage et fait ses vivres, il mit voile pour Saint-Malo, où il était de retour le 28 août 1710, apportant un chargement évalué à huit millions de livres, dont 1.150.000 piastres, 30 serrons de cacao, 138 barres d’étain et 2 barils de pelleteries. D’après la valeur sur les registres de l’amirauté, on conçoit comment les Malouins, qui avaient plusieurs vaisseaux dans la mer du Sud, purent, le 27 mars 1709, prêter 30 millions au gouvernement de Louis XIV. Ils avaient été escortés du Pérou au Port-Louis par M. Chabert, capitaine du vaisseau du roi l’  « Aimable ».

Ses prises :

Poisson - Trois mâts - Douze canons - Pris 19 mai1710

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Retraite

Porée, déjà riche par ses victoires sur les ennemis, le devint bien d’avantage par ce dernier voyage. Il e reprit plus la mer, et acheta une charge de conseiller-secrétaire du roi qui conférait la noblesse.

Ce brave malouin, qui avait jeté tant d’éclat sur la marine de Saint-Malo, mourut à l’âge de soixante-cinq ans, le 15 mai 730 ; honoré et considéré de ses concitoyens. Il fut inhumé dans la cathédrale.